Des personnes, pas des leaders.
Un seul mot, et presque tout ce qui en découle change : qui l’on cherche, où l’on cherche, ce qu’on demande, et ce que l’on peut en apprendre.
Ce site comporte une rubrique intitulée Personnes. Sur presque tous les sites comparables en Afrique, elle s’appellerait Leaders. La différence n’est pas une affaire de goût.
Ce que le mot fait à votre recherche
Partez à la recherche de leaders, et vous avez restreint le champ avant même de commencer. Vous regarderez des gens qui occupent un poste, parce que c’est ce que le mot désigne. Vous regarderez des organisations avec des titres, des hiérarchies et des tribunes. Vous trouverez des directeurs généraux, des ministres, des fondateurs et des responsables en tout genre.
Certains d’entre eux font un travail qui compte. Beaucoup occupent un fauteuil.
Pendant ce temps, le mot vous fera passer à côté d’une infirmière de district qui a changé la façon dont toute une province combat une maladie, d’un enseignant dont les anciens élèves dirigent aujourd’hui des institutions, d’une technicienne qui maintient en vie un système national, ou d’un chercheur qui a consacré dix ans à une seule question. Aucun d’eux n’est un leader au sens habituel du mot. Tous font l’histoire au sens qui compte : l’avenir est concrètement différent parce qu’ils étaient là.
Il n’y a pas besoin d’un titre pour compter. En exiger un est une erreur de méthode, pas une exigence de qualité.
Ce que le mot fait à vos questions
Dès qu’une personne est présentée comme un leader, l’entretien s’écrit tout seul, et il s’écrit mal.
Vous l’interrogez sur son style de leadership. Sa routine matinale. Ses conseils aux jeunes. Sa vision de l’avenir du continent. Elle vous répond avec aisance, générosité, et presque aucune utilité, parce qu’on lui a déjà posé ces questions cent fois.
Partez plutôt de la personne, et vous pourrez poser des questions plus difficiles. Qu’avez-vous vu que votre entourage ne voyait pas ? Qu’avez-vous fait que d’autres n’auraient pas fait ? Qu’est-ce que cela vous a coûté, concrètement ? Qu’est-ce qui a échoué ? Sur quoi pensez-vous aujourd’hui vous être trompé ? Qu’est-ce qui l’a rendu possible, qui ne dépendait pas de vous ? Que diriez-vous à quelqu’un de vingt ans plus jeune, qui se tient là où vous vous teniez ?
Ces questions produisent une matière utile à d’autres. Les premières produisent du contenu.
Le leadership reste l’angle
Ce n’est pas une façon de dire que le leadership n’existe pas ou ne compte pas. Il compte, bien sûr, et le comprendre est l’une des principales raisons d’être de cette institution.
Tout est affaire d’ordre.
Les personnes sont le sujet. Le leadership est l’angle. Nous trouvons des personnes dont le travail a de la portée, nous documentons ce qu’elles ont fait, puis nous examinons ce que leur expérience révèle du discernement, du courage, de l’initiative et de la capacité à bâtir quelque chose de durable. Nous ne commençons pas par décider qui sont les leaders pour construire ensuite une histoire autour d’eux.
Procédez dans l’autre sens, et vous n’étudiez rien. Vous établissez un classement.
Pourquoi c’est plus important en Afrique qu’ailleurs
Il existe un travers que ce continent connaît bien. Une personne est désignée comme leader, cette étiquette est répétée jusqu’à devenir un fait, et ce fait résiste ensuite à tout ce qui vient le contredire. Le titre survit à la contribution pendant des décennies.
Partir des personnes plutôt que des titres protège un peu contre cela. Si quelqu’un figure dans ces archives en raison d’un travail documenté, ce dossier peut être examiné. Il peut aussi être révisé, ce qu’une réputation ne permet pas.
L’inverse est vrai aussi. Quelqu’un sans position, sans capital et sans tribune peut entrer dans ces archives sur la seule foi de ce qu’il a réellement accompli. Ce n’est possible que si le critère d’entrée est le travail, et non le poste.
Nous ne commençons pas par décider qui sont les leaders de l’Afrique. Nous commençons par trouver celles et ceux qui nous montrent déjà à quoi ressemblera le leadership de demain.